Alain Klingler

Alain Klingler est auteur compositeur interprète. Il a publié cinq albums, s’est produit en France, Allemagne, Suisse, Québec, à participé à un projet de poésie sonore.
Aujourd’hui, il se consacre à des expériences théâtrales.

J'étais là / Avant - 2012

« Je n'aime pas les sentiments tièdes, les gens mous et les gens moites. »

Tout comme Johnnie To et Catherine Deneuve, Alain Klingler préfère la froideur (celle des tueurs). Ou encore la politesse (celle des rêveurs).

En règle générale, Alain Klingler would prefer not to.

Seul au piano, Alain Klingler revisite ses albums, reprend Baudelaire / Ferré et met en musique Vale de Catherine Pozzi ainsi que deux nouveaux titres écrits avec Élisa Point.

Il y a Michael Fassbender dans Shame, des initiations qui vous chassent de l’enfance, de l'Invisible et de l'Ecrasement, de la distance, des chansons prémonitoires, des amours vénéneuses voire cybernétiques, Lausanne, J-S Bach, du rythme : une performance intimiste en 13 titres.

Le producteur

Quand j'ai rencontré Alain, avant de l'entendre chanter, j'ai su que j'avais affaire à une personnalité : une habile légèreté dans le ton pour une profondeur peu commune. J'ai ensuite découvert sa musique et ses textes avec l'album No Culture. Là, également, la diversité des arrangements habillait élégamment une écriture exigeante, parfois crue.

Alain joue du piano. Très bien. Il s'accompagnait alors parfois pendant les concerts qu'il donnait en groupe. J'ai eu ensuite l'occasion de travailler avec lui pour l'enregistrement de l'album Un invisible écrasement, et c'est à ce moment que j'ai eu l'idée, l'envie, de le voir et de l'entendre seul au piano chanter ses chansons, sans les ornements et l'artifice. L'artiste face à son ouvrage. Pour moi. Pour lui.

Un enregistrement est une photo dans le temps. C'est inutile d'espérer la performance de sa vie, ce sera seulement la meilleure de ce jour, parfois la seule, parfois aucune. J'ai amené Alain dans des endroits fabuleux et effrayants, et il en est sorti meurtri et vainqueur. Les chansons de ce disque sont les plus belles de son répertoire. Les versions sont celles du calligraphe, qui, connaissant à l'avance la résolution de son trait, laisse l'instrument écrire ce qui est déjà su.

Sans intention autre que d'accomplir sa tâche, ici pas de place à l'interprétation. L'œuvre existe par elle-même, le plus dur est de la laisser surgir, sans obstacles.

Celles qui n'y sont pas ne l'ont pas méritées, nous ne les regretterons pas.
Au final, J'étais là /Avant est un disque partial, injuste et complet. C'est le disque d'un homme, et il est fait comme lui.

Vale résonne sans doute comme l'Oméga de l'album : les mots de Catherine Pozzi sur la musique d'Alain ont quelque chose de définitif, une beauté sombre qui nous soulage et nous ravit. Un amour donné pour la douleur.

Seb Riou

Enregistrement, mixage, direction artistique : Seb Riou
Mastering : Rémy Pelleschi
Accord piano : Franck Lecomte
Produit par Seb Riou
Édité par Ad Libitum
Artwork : Rémi Pollio

Titres de l'album

  • 01 - C'est la vie, dis-tu
  • 02 - Sépulture
  • 03 - Game boy
  • 04 - Le droit d'antériorité
  • 05 - Un invisible écrasement
  • 06 - Plus de couleurs
  • 07 - Les maisons louées
  • 08 - Assis dans un jardin marin
  • 09 - Lausanne
  • 10 - Je cours à ma perte
  • 11 - Plus bas (shame)
  • 12 - Vale

Vidéos

 

Presse

Ténébreux, vénéneux, à la marge. Alain Klingler avance, depuis une quinzaine d'années, ayant sûrement fait le deuil d'un succès populaire — et peut-être même d'une reconnaissance critique. Trop difficile, et parfois dérangeant. Pourtant, il y a quelque chose d'attirant et d'intrigant dans ses chansons de feu. Où la voix toujours douce et l'interprétation étonnamment sobre portent des mots tranchants.
Après avoir flirté avec l'électro pop, Klingler revient ici vers une expression piano/voix. Il reprend de vieux titres, en crée de nouveaux, chante Baudelaire, cite Ferré et Barbara... même si s'entend surtout l'écho de Guidoni. Filiation évidente, tissée d'audaces, de subversions et d'une noirceur fière de l'être. L'amertume pointe, la violence des sentiments bouillonne. Klingler chante ses propres textes ou met en musique ceux d'Elisa Point, Monsieur Poli, Catherine Pozzi (noms familiers aux oreilles des initiés). Son disque oscille entre le bilan et l'autoportrait. Sans concession.
Valérie Lehoux - Telerama n° 3263

Cela fait bien trop longtemps qu'Alain Klingler est ignoré, pourtant le parrainage de Barbara, Allain Leprest et Romain Didier dès son premier album en 1996 promettait le tapis rouge; malgré des paroliers invités, tailleurs de mots hors pair, comme Elisa Point et Gérard Poli. Tout juste obtient-il l'estime d'une poignée d'irreductibles qui se réjouissent de son existence et se consolent en le chantant : "Faut-il suivre la loi du plus grand nombre / Pour que la solitude fasse salle comble".
Pas du tout découragé et sans amertume, Alain Klingler continue son métier de vivre : écrire, composer, chanter. Jouer sur scène piano-voix. Justement. Avec ce cinquième opus qui jette un coup d'oeil en arrière, il revisite ses anciennes chansons, dans leur plus simple appareil, seul au piano et enregistré en prise directe. A cet état des lieux s'ajoute trois inédits et l'interprétation de deux poèmes de Baudelaire et un de Catherine Pozzi.
Treize instantanés, fragiles et uniques. L'occasion rêvée et la plus limpide d'aller à la rencontre de cet artiste qui sait à la fois rester à distance et offrir ses sentiments. Un cousinage avec Milan Kundera qui affirmait "Personne n'est plus insensible que les gens sentimentaux".
Alain Klingler énonce par le titre qu'il était là avant. Mais à son écoute, il ne fait aucun doute qu'il est là après
Plain Chant

Après des détours pop-électro-expérimentaux, Alain Klingler revient à la sobriété du piano-voix de ses débuts en revisitant le répertoire de ses quatre albums publiés entre 1996 et 2011. Durant cinq années d’un travail centré sur l’expérimentation de nouvelles esthétiques, j’ai eu le désir, à la suite d’une tournée au Canada où l’on me proposait de me produire en solo, de reprendre mes chansons écrites pendant douze ans. Je viens de la chanson à texte (Ferré, Barbara). J’ai fait mes débuts, comme on dit, dans des petits lieux. J’ai enregistré des disques, fait des premières parties, des festivals, France-Inter, bref, vécu le parcours classique d’un jeune chanteur. Et puis, j’ai découvert l’informatique, le son, les samples, Stina Nordenstam, et plus tard encore, John Cage, la performance, le théâtre contemporain, Yves-Noël Genod, la revue Mouvement and so on and so forth… Tout cela a bouleversé mon approche littéraire de la chanson nous confie-t-il, avant d’ajouter un peu plus loin concernant l’album piano-voix, « J’étais là / Avant » qui sort parallèlement à la série de concerts : Oui, c’est un best-of dans le sens que c’est mon best album car il y a vraiment quelque chose qui passe, me semble-t-il. Je n’ai pas grand mérite : le réalisateur Sébastien Riou m’a bien dirigé vers ce vers quoi il voulait que j’aille et je crois que c’est une bonne chose. J’ai retravaillé et réarrangé d’anciennes chansons dans d’autres tonalités, certains tempo ont été repensés. Il y a aussi des titres chantés sur scène mais jamais enregistrés comme « Lausanne » et quelques inédits.
Parmi ces inédits justement, on trouve un titre inspiré du film « Shame » sorti en 2011 avec Michael Fassbender, qui joue un drogué du sexe. La chanson s’appelle « Plus bas », texte d’Elisa Point.
Si le spectacle et l’album d’Alain Klingler ont pour titre « J’étais là / Avant », ce n’est pas seulement parce que ces mots font partie de la chanson « Le droit d’antériorité » ou parce que ce titre évoque le passé. C’est aussi une affirmation justifiée car avant la fameuse Nouvelle chanson française du début des années 2000, Alain Klingler était là. Il est passé sous la vague sans se noyer pour mieux revenir à la surface et à l’essentiel : la beauté, la précision, la simplicité et l’émotion.
Mathieu Rosaz